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Baba Sy

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Né(e) : Inconnue
Un talent fulgurant né à Dakar Né vers 1935 au Sénégal, Baba Sy s'est imposé comme l'un des plus grands joueurs de dames de l'histoire, devenant le premier Africain noir à atteindre les sommets de cette discipline. Son parcours exceptionnel, marqué par un talent naturel stupéfiant, reste l'une des plus belles histoires du jeu de dames international. Une découverte légendaire La légende raconte que Baba Sy découvrit le jeu de dames à l'âge de huit ans dans les circonstances les plus extraordinaires. Fils d'une famille modeste de Dakar, le jeune garçon ne savait ni lire ni écrire, mais possédait une maîtrise innée des chiffres et une faculté d'abstraction remarquable. Il fréquentait les « grand'places », ces espaces publics où les amateurs se retrouvaient pour jouer. Un jour, un homme l'invita à faire une partie. Le garçon répondit qu'il ne savait pas jouer. On lui expliqua rapidement les règles et, à la stupéfaction générale, il battit immédiatement son adversaire. Les victoires s'enchaînèrent avec une facilité déconcertante. Le lendemain, Baba Sy gagna tous les joueurs du club de la Médina, puis tous ceux de Dakar, s'imposant comme un prodige du jeu. L'ascension fulgurante En 1959, Baba Sy fut découvert par Émile Biscons, fonctionnaire français à Dakar et maître national de jeu de dames. Cette rencontre changea sa destinée. Biscons l'inscrivit immédiatement au championnat de France. Le résultat fut spectaculaire : dès sa première participation, Sy remporta le championnat de France à Châtellerault, créant la surprise dans le milieu damiste européen qui n'avait jamais vu un tel talent venu d'Afrique. L'année suivante, en 1960, il devint vice-champion du monde à Amsterdam, terminant à seulement un point du Soviétique Viatcheslav Chtchogoliev. À 25 ans, l'ancien apprenti menuisier illettré de Dakar se hissait parmi l'élite mondiale. L'exploiteur de génie Baba Sy se distingua particulièrement dans les parties simultanées, où son talent éclatait de manière spectaculaire. En 1962, lors d'une compétition en Allemagne, il affronta simultanément 150 joueurs, passant quelques secondes à chaque table. Il les battit tous, réalisant au passage le fameux "coup Raphaël", considéré comme l'une des plus belles combinaisons de l'histoire du jeu de dames. En 1961, il remporta le tournoi international de Yalta, puis en 1962, le Challenge mondial à Liège. Ces victoires le désignaient comme challenger officiel pour affronter le champion du monde en titre, le Soviétique Iser Kuperman. Le titre confisqué Le match pour le titre mondial devait se jouer en 1963 en Union soviétique. Mais il fut mystérieusement annulé par la fédération soviétique. En 1984, lors de l'assemblée générale de la FMJD à Dakar, Kuperman révéla que la fédération soviétique était responsable de cette annulation, craignant qu'un joueur noir ne ravisse le titre à un champion russe. Cette injustice flagrante priva Baba Sy de l'opportunité de devenir officiellement champion du monde sur le damier. En 1986, la FMJD reconnut finalement Baba Sy comme champion du monde pour la période 1963-1964, partageant le titre avec Kuperman. Cette reconnaissance, obtenue huit ans après sa mort, ne pouvait compenser l'humiliation subie. Une légende vivante au Sénégal Au Sénégal, Baba Sy était devenu un héros national. Il drainait les foules lors de ses exhibitions et représentait la fierté d'une nation fraîchement indépendante. Son talent pur força le respect des plus grands champions européens et soviétiques. Le champion du monde néerlandais Ton Sijbrands lui consacra un ouvrage, "Le Grand Livre de Baba Sy", analysant 333 de ses parties, travail unique dans l'histoire du jeu de dames. Il croisa même le damier avec Ndiaye Diouf, père du futur président sénégalais Abdou Diouf, illustrant l'importance sociale du jeu de dames au Sénégal de cette époque. Une fin tragique Le 20 août 1978, Baba Sy mourut dans un accident de la route à Dakar, alors qu'il se rendait à Kaolack. Il avait 43 ans. Sa disparition brutale endeuilla le monde du jeu de dames international et priva le Sénégal de son plus illustre champion. Malgré les problèmes de santé qui le handicapèrent en fin de carrière, notamment une hypertension chronique, Baba Sy laissa une empreinte indélébile dans l'histoire de sa discipline. Premier Africain à briller au plus haut niveau mondial, il ouvrit la voie à d'autres talents du continent et prouva que le génie n'a ni frontières ni couleur. Son héritage dépasse largement le cadre sportif : Baba Sy incarne la puissance du talent brut, la capacité de l'esprit humain à exceller par la seule force de l'intelligence, et reste un symbole de fierté pour le Sénégal et l'Afrique entière.