Le Sabre d'El Hadj Omar Tall

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Le Sabre d'El Hadj Omar Tall

Dans un geste hautement symbolique, la France a restitué au Sénégal le sabre d'El Hadj Omar Tall, figure majeure de la résistance africaine à la colonisation au XIXe siècle. Cette restitution, amorcée en novembre 2019 et finalisée juridiquement en décembre 2020, marque une étape importante dans le débat sur le patrimoine culturel africain détenu en Europe.

Un symbole chargé d'histoire

El Hadj Omar Tall (1796-1864) était un érudit musulman et guide de la confrérie des Tidianes, qui fonda l'empire Toucouleur englobant des territoires actuels de la Guinée, du Mali et du Sénégal. Son sabre, composé de fer, laiton, cuivre, cuir et bois, incarne la résistance face à l'expansion coloniale française.

L'arme a été saisie en 1893 lors de la prise de la ville malienne de Bandiagara par les troupes du général Louis Archinard. Les biens du fils d'Omar Tall, Amadou Tall, chef militaire de l'empire, furent alors confisqués. Le général rapporta le sabre en France et en fit don au Musée de l'Armée en 1909, où il resta exposé pendant plus d'un siècle.

Une restitution en plusieurs étapes

Le processus de restitution s'est déroulé progressivement. En novembre 2019, lors d'une visite officielle à Dakar, le Premier ministre français Édouard Philippe remit symboliquement le sabre au président sénégalais Macky Sall. Ce geste marquait une première étape dans l'engagement pris par la France de restituer aux pays africains leur patrimoine.

Toutefois, cette remise initiale ne constituait qu'un prêt de cinq ans, le sabre restant juridiquement propriété de la France en raison du principe d'inaliénabilité du domaine public français. Pour contourner cet obstacle juridique, le gouvernement français a dû faire adopter une loi spécifique.

La loi relative à la restitution de biens culturels fut promulguée le 24 décembre 2020. Le transfert de propriété au Sénégal intervint trois jours plus tard, le 27 décembre 2020. Le sabre se trouve depuis au Musée des civilisations noires de Dakar, où il avait été placé en prêt dès décembre 2018.

Un acte de portée continentale

Cette restitution s'inscrit dans le sillage du rapport Sarr-Savoy, remis au président Emmanuel Macron en 2018, qui recommandait le retour en Afrique d'œuvres spoliées pendant la période coloniale. Les collections publiques françaises abritent environ 90 000 objets d'Afrique subsaharienne, dont 70 000 au seul musée du Quai Branly.

Lors de la cérémonie, le président Macky Sall a salué une nouvelle phase des relations franco-sénégalaises. Il a également souligné que le Sénégal était prêt à accueillir son patrimoine culturel dispersé à travers le monde. De son côté, Édouard Philippe a reconnu que la place du sabre était au Sénégal, au cœur de l'ancien empire Toucouleur.

Controverses et débats

Cette restitution n'a pas échappé aux controverses. Certains commentateurs ont critiqué le manque de solennité de la cérémonie, noyée selon eux dans un séminaire gouvernemental franco-sénégalais axé sur la coopération économique et sécuritaire.

D'autres voix se sont élevées pour questionner la figure même d'El Hadj Omar Tall, rappelant que son empire fut établi par la conquête militaire et le djihad, impliquant la soumission de populations locales. Cette complexité historique alimente les débats sur la signification symbolique de telles restitutions.

Néanmoins, pour la famille omarienne et de nombreux Sénégalais, le retour de ce sabre représente bien plus qu'un simple objet : c'est la reconnaissance d'une histoire de résistance et le symbole d'une réconciliation mémorielle entre la France et l'Afrique.

La restitution du sabre d'El Hadj Omar Tall ouvre potentiellement la voie à d'autres demandes similaires de la part de pays africains souhaitant récupérer leur patrimoine culturel.