Thiébou Penda Mbaye : Pourquoi ce plat porte-t-il le nom d'une femme ?

Au Sénégal, prononcer les mots « Thiébou Penda Mbaye » suffit à éveiller les papilles et raviver des souvenirs gourmands. Ce plat de riz au poisson, variante du célèbre thiéboudienne national, porte le nom d'une femme dont le génie culinaire a marqué l'histoire gastronomique du pays. Mais qui était vraiment Penda Mbaye, et pourquoi son nom résonne-t-il encore aujourd'hui dans les cuisines sénégalaises ?
Une innovation née à Saint-Louis au XIXe siècle
L'histoire commence à Saint-Louis, ancienne capitale de l'Afrique Occidentale Française, vers 1830, lorsqu'une cuisinière originaire du Walo (actuel département de Dagana) décide de révolutionner la préparation traditionnelle du riz au poisson. Penda Mbaye gagnait sa vie en cuisinant lors de cérémonies familiales et d'événements officiels dans les résidences coloniales de la ville.
Son innovation décisive consistait à malaxer de la tomate cerise pour l'incorporer à sa préparation, donnant ainsi au plat une couleur et un goût incomparables. Cette simple astuce transforme le thiéboudienne traditionnel en un met qui va conquérir tous les palais de Saint-Louis.
Du bouche-à-oreille à la postérité
Le résultat enchante rapidement les familles saint-louisiennes, et par le bouche-à-oreille, toute la ville se presse pour goûter à sa cuisine. L'engouement est tel que le plat prend naturellement le nom de son inventrice, sans que personne ne conteste cette attribution.
Penda Mbaye a créé la recette au début du XXe siècle, et sa création s'est rapidement propagée dans tout le pays. Aujourd'hui, le thiéboudienne est devenu le plat national du Sénégal, et sa variante « Penda Mbaye » demeure une référence incontournable de la gastronomie saint-louisienne.
Un mystère qui perdure
Paradoxalement, si le nom de Penda Mbaye est universellement connu au Sénégal, son histoire personnelle reste entourée de mystère. Saint-Louis garde jalousement le secret de ses origines et de sa descendance. Les habitants ne s'accordent même pas sur le quartier où elle résidait : Ndar Toute, Guet Ndar ou le quartier Nord ? Les versions divergent, ajoutant une dimension légendaire à ce personnage historique.
Les secrets de la version saint-louisienne
Ce qui distingue le thiébou dieune préparé à Saint-Louis, c'est avant tout sa méthode de cuisson unique. Les cuisinières saint-louisiennes ne font pas frire le poisson, mais commencent par faire rissoler les tomates et les oignons avant d'y ajouter le poisson farci au persil. Une autre particularité réside dans l'utilisation du riz de la vallée, naturel et non parfumé, que les Saint-Louisiens préfèrent pour son authenticité.
De nos jours, la version moderne du thiébou Penda Mbaye s'enrichit d'une sauce agrémentée de petites boulettes de poisson appelées « diaga », perpétuant ainsi l'innovation culinaire qui caractérisait déjà son inventrice.
Une reconnaissance mondiale
En 2021, l'UNESCO a inscrit le thiéboudienne sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, consacrant ainsi l'importance culturelle et historique de ce plat. Cette reconnaissance témoigne du rôle du thiéboudienne dans le renforcement des liens sociaux au Sénégal et au-delà de ses frontières.
Le plat, dont le nom dérive des mots wolof « ceeb » (riz) et « jën » (poisson), s'est également diffusé dans toute l'Afrique de l'Ouest, donnant naissance à des variantes comme le benachin en Gambie, le zaame au Mali, ou encore le célèbre jollof rice au Nigeria et au Ghana.
L'héritage d'une pionnière
Penda Mbaye incarne bien plus qu'une simple cuisinière talentueuse. Elle représente ces femmes innovatrices qui, par leur créativité et leur savoir-faire, ont façonné l'identité culinaire de leur pays. Son nom, devenu synonyme d'excellence gastronomique, traverse les générations et continue d'inspirer les cuisinières sénégalaises.
Aujourd'hui, commander un « Thiébou Penda Mbaye » dans un restaurant de Dakar ou de Saint-Louis, c'est rendre hommage à cette visionnaire qui, armée de tomates cerises et d'audace, a su transformer un plat traditionnel en symbole national. Son histoire rappelle que derrière chaque grande recette se cache souvent une femme dont le talent méritait d'être célébré.