Amadou-Mahtar M'Bow
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Amadou-Mahtar M'Bow

Géographe et homme d'État sénégalais, Amadou-Mahtar M'Bow a dirigé l'UNESCO de 1974 à 1987, portant la voix de l'Afrique sur la scène internationale.

Né(e) : 20 mars 1921Décédé(e) : 24 septembre 2024
Un géographe devenu ministre Né le 20 mars 1921 à Dakar, Amadou-Mahtar M'Bow se forme à l'université de Dakar puis à la Sorbonne, où il étudie la géographie. Il devient l'un des premiers universitaires africains de sa génération, enseignant et publiant sur les questions de développement, d'éducation et de territoire. Cette double compétence — scientifique et administrative — lui ouvre une carrière d'État. Dès 1957, il est ministre de l'Éducation et de la Culture dans le gouvernement sénégalais en voie d'autonomie ; il redevient ministre de l'Éducation nationale de 1966 à 1968, puis ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports de 1968 à 1970. On lui doit, notamment, la mise en place d'un système éducatif national dans les premières années de l'indépendance. À la tête de l'UNESCO (1974-1987) Le 15 novembre 1974, Amadou-Mahtar M'Bow est élu directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO). Il succède au Français René Maheu et devient le premier Africain à diriger une grande organisation du système des Nations unies. Son mandat, long de treize années, s'inscrit dans un contexte de décolonisation et de revendications du tiers-monde. Il plaide pour une UNESCO au service du développement, davantage attentive aux pays du Sud, à l'alphabétisation, à la formation des enseignants et à la préservation du patrimoine culturel hors d'Europe — un combat qui annonce les politiques patrimoniales actuelles, notamment en Afrique. L'éducation, priorité de toujours Avant de diriger l'UNESCO, Amadou-Mahtar M'Bow a été un homme d'école. Ministre de l'Éducation dès 1957, dans un pays qui comptait alors une minorité d'enfants scolarisés, il a dû construire un système éducatif national : former des enseignants, ouvrir des classes, adapter les programmes, faire face à la pénurie de manuels et d'infrastructures. Cette expérience de terrain a durablement orienté son action internationale. À l'UNESCO, il fait de l'alphabétisation et de l'éducation de base une priorité, en insistant sur les besoins des pays nouvellement indépendants. Il soutient aussi les grandes campagnes de sauvegarde du patrimoine menées par l'organisation — de la Nubie aux temples de l'Asie du Sud-Est — qui ont montré qu'une coopération internationale pouvait sauver des sites menacés. Ce modèle servira de référence à toute la politique patrimoniale mondiale, y compris en Afrique. Le « nouvel ordre mondial de l'information » Son nom reste attaché au projet de « nouvel ordre mondial de l'information et de la communication » (NOMIC), défendu dans les années 1970 et 1980. L'idée : corriger le déséquilibre des flux d'information entre pays riches et pays pauvres, soutenir des agences de presse régionales, préserver la diversité des médias et des cultures face à la concentration occidentale. Ce projet suscite une vive opposition, notamment des États-Unis et du Royaume-Uni, qui dénoncent une remise en cause de la liberté de la presse. Les deux pays quittent l'UNESCO en 1984 et 1985, ce qui affaiblit considérablement l'organisation et son directeur général. La polémique, alimentée par des accusations de mauvaise gestion et de politisation, reste attachée à son bilan. Quoi qu'on pense du NOMIC, le débat qu'il a ouvert — sur la dépendance informationnelle, la circulation des images et la représentation des continents — est plus que jamais d'actualité à l'ère des grandes plateformes numériques. Le retour au Sénégal Après la fin de son mandat à l'UNESCO, en 1987, Amadou-Mahtar M'Bow revient au Sénégal et poursuit une vie de conférences, d'écrits et d'engagements sur l'éducation, la culture et le patrimoine africains. Il préside des jurys, soutient des initiatives culturelles et participe à des réflexions sur l'avenir du continent. Il demeure une référence pour les diplomates et les intellectuels africains : la preuve, disent-ils, qu'un Africain peut diriger une institution mondiale sans renier son identité ni ses combats. Cette stature explique qu'il ait été consulté, jusqu'à un âge très avancé, sur les grandes questions de politique internationale et culturelle. Une longévité exceptionnelle Amadou-Mahtar M'Bow s'éteint le 24 septembre 2024, à l'âge de 103 ans. Sa disparition suscite des hommages sur les cinq continents, saluant la mémoire d'un homme qui avait traversé un siècle d'histoire : la colonisation, les indépendances, la guerre froide, la mondialisation et l'avènement du numérique. Son parcours résume une ambition : faire entendre la voix des peuples anciennement colonisés dans les institutions internationales, et rappeler que l'éducation, la science et la culture ne sont pas des ornements du développement, mais ses fondations. Ce message reste le cœur de son héritage.