Un inspecteur des impôts devenu tribun
Né le 15 juillet 1974 à Thiès, Ousmane Sonko suit des études supérieures à l'université de Dakar puis à l'École nationale d'administration, dont il sort inspecteur des impôts et domaines. Il travaille dans l'administration fiscale, où il se spécialise dans le contrôle des grandes entreprises.
En 2016, sa carrière prend un tour politique : il rend publique une liste de sociétés qu'il accuse d'évasion fiscale, visant notamment des compagnies pétrolières et des groupes industriels. Cette initiative — la « liste Sonko » — lui vaut une immense popularité et sa révocation de la fonction publique. Il devient, en quelques mois, l'une des voix les plus écoutées du pays.
Un discours de rupture
Ousmane Sonko construit son personnage politique sur la dénonciation des élites, de la corruption et de la dépendance économique. Il défend une souveraineté monétaire et énergétique, critique la présence militaire française, plaide pour la renégociation des contrats miniers et pétroliers et se réclame du panafricanisme. Son éloquence, son usage des réseaux sociaux et sa capacité à parler aux jeunes des quartiers en font un phénomène politique.
En 2014, il fonde le parti PASTEF — Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité. Il a auparavant milité au Parti démocratique sénégalais.
Candidat à la présidentielle de 2019, il crée la surprise en arrivant troisième, avec environ 16 % des voix, malgré des moyens très inférieurs à ceux des grands partis.
Ziguinchor et l'épreuve judiciaire
En 2022, il est élu maire de Ziguinchor, en Casamance, une victoire symbolique dans une région qui échappait jusque-là à son camp.
Sa trajectoire bascule en mars 2021 : accusé de viol par une employée d'un salon de massage, il est arrêté, ce qui déclenche plusieurs jours d'émeutes et de répression dans le pays. Le procès, très suivi, aboutit en juin 2023 à son acquittement du chef de viol, mais à une condamnation à deux ans de prison pour « corruption de la jeunesse ». Cette décision le rend inéligible et entraîne, en juillet 2023, la dissolution de son parti.
Visé par de nouvelles poursuites, arrêté et placé en détention, il entame une grève de la faim. Il est libéré le 14 mars 2024, à quelques jours de l'élection présidentielle, en application de la loi d'amnistie adoptée pour apaiser la crise.
Du prisonnier au Premier ministre
Dans l'incapacité de se présenter lui-même, Ousmane Sonko fait campagne pour son plus proche allié, Bassirou Diomaye Faye, qui remporte l'élection dès le premier tour. Le 2 avril 2024, le nouveau président le nomme Premier ministre.
Son gouvernement hérite d'une situation financière tendue : dette élevée, déficits, coût de la vie, chômage. Il engage une série de chantiers promis pendant la campagne — audit des contrats pétroliers, gaziers et miniers, réforme du système de passation des marchés, révision des accords de pêche, contrôle des prix des denrées de base, réorganisation de l'administration et lancement d'un programme numérique.
Aux élections législatives de novembre 2024, convoquées après la dissolution de l'Assemblée nationale, son parti remporte une large majorité, ce qui lui donne les moyens d'agir.
L'homme le plus populaire du pays
Ousmane Sonko incarne une rupture générationnelle. Il a construit sa légitimité hors des grandes familles politiques, en s'appuyant sur les réseaux sociaux, les classes populaires urbaines et la jeunesse. Ses adversaires lui reprochent un style clivant, une certaine imprévisibilité et une tendance à personnaliser le débat ; ses partisans voient en lui le seul responsable capable de rompre avec un système qu'ils jugent accaparé par quelques familles.
Sa relation avec le président Bassirou Diomaye Faye, son ancien bras droit devenu chef de l'État, est l'une des clés de la vie politique sénégalaise. Ensemble, ils ont fait tomber un régime en quelques mois ; leur entente — ou sa fragilité — déterminera largement l'issue du mandat en cours.
Sur le plan international, Ousmane Sonko porte une diplomatie de souveraineté : il engage le retrait des forces françaises stationnées au Sénégal, réoriente les partenariats vers de nouveaux acteurs et place la renégociation des accords de pêche et des contrats énergétiques au centre de son action. Ces orientations suscitent l'adhésion d'une partie de la jeunesse et l'inquiétude de certains partenaires traditionnels du pays.
Il doit aussi tenir ensemble une coalition hétérogène : anciens cadres du régime précédent ralliés à sa cause, militants de la première heure, société civile et notables locaux. Cette diversité, atout électoral, complique la conduite des réformes et nourrit les tensions internes au pouvoir. Sa capacité à durer dépendra autant de sa popularité que de sa discipline collective.

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Ousmane Sonko
Inspecteur des impôts devenu maire de Ziguinchor puis Premier ministre, Ousmane Sonko est la figure la plus populaire de la nouvelle génération politique.